La titrisation, un procédé financier complexe qui avait été pointé du doigt lors de la crise financière de 2008, pourrait faire son grand retour en Europe. La Commission européenne envisage de réviser les règles encadrant cette pratique pour débloquer des financements privés et soutenir l’économie du continent. Cependant, cette perspective suscite des inquiétudes quant aux risques financiers qu’elle pourrait engendrer.
Qu’est-ce que la Titrisation ?
La titrisation consiste à regrouper des crédits bancaires et à les transformer en actifs financiers vendus en tranches à des investisseurs sur les marchés. L’objectif est de sortir ces créances du bilan des banques, leur permettant ainsi d’accorder de nouveaux prêts. Pour les investisseurs, ces actifs peuvent être très rémunérateurs, mais ils sont également plus risqués.
Les Risques Associés
Avant la crise de 2008, la titrisation avait permis de disséminer des crédits immobiliers risqués, dits “subprime”, accordés à des ménages peu solvables. Cette pratique a contribué à la pire crise financière depuis 1929, entraînant des faillites en série, dont celle de Lehman Brothers. Les régulateurs européens avaient alors imposé des obligations de transparence et de vérifications, provoquant un net repli de la titrisation.
Pourquoi un Retour en Grâce ?
Aujourd’hui, des responsables européens plaident pour un assouplissement des règles régissant la titrisation. L’objectif est de libérer du capital privé pour financer des investissements dans des domaines clés tels que la transition énergétique, la compétitivité, le numérique et la défense. Mario Draghi, ancien président de la BCE, estime que la relance de la titrisation pourrait permettre de débloquer 800 milliards d’euros par an, nécessaires à l’UE.
Les Inquiétudes des Économistes et des ONG
Cependant, cette perspective inquiète de nombreux économistes et ONG. Jezabel Couppey-Soubeyran, maîtresse de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, met en garde contre un “cadeau au lobby bancaire, sans réel bénéfice économique”. Christian Stiefmüller, chercheur pour l’organisation Finance Watch, souligne que libérer du capital ne garantit pas que les banques l’utiliseront pour émettre de nouveaux prêts.
Les Défenseurs de la Titrisation
Le secteur bancaire, quant à lui, promet de limiter la titrisation aux créances les plus solides. La Fédération bancaire française (FBF) affirme que le transfert des prêts n’est pas risqué si ces derniers sont sûrs. Stéphane Giordano, président de l’Association française des marchés financiers (Amafi), estime que le stigmate hérité de la crise financière est infondé et que la titrisation pourrait aider l’UE à rester compétitive face aux autres places financières, notamment américaines.
Conclusion
La réintroduction de la titrisation en Europe pourrait offrir des opportunités de financement pour des projets stratégiques, mais elle comporte également des risques importants. Il est crucial de trouver un équilibre entre la nécessité de soutenir l’économie et la prévention des dérives financières qui ont conduit à la crise de 2008. Les régulateurs devront faire preuve de vigilance pour éviter que l’histoire ne se répète.
Illustration de la titrisation et ses impacts sur l’économie.
Mario Draghi, ancien président de la BCE, plaidant pour la relance de la titrisation.
Jezabel Couppey-Soubeyran, maîtresse de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, exprimant ses inquiétudes.